Les personnes trans*[1] sont disproportionnellement victimes de violences physiques, sexuelles ou encore institutionnelles [2]. Selon la FRA, l’agence des droits fondamentaux de l’Union européenne, en Belgique, 34% des personnes trans* ont subi une agression physique ou sexuelle au cours des cinq dernières années, et 30% ont été victimes de discrimination au cours de l’année écoulée [3].

Une mauvaise représentation des parcours et une stigmatisation de ces communautés peuvent mener à diverses conséquences sur leur inclusion et leur bien-être. Puisque les personnes trans* ont plus difficilement accès à l’éducation, à l’emploi, à des services sociaux ou de santé, cela les empêche de participer à la société. Par ailleurs, elles font face à une augmentation de facteurs de risques (violences conjugales et sexuelles, problèmes de santé mentale et physique, pauvreté et sans-abrisme) [4], ce qui les expose à d’autant plus de violences.

Sofélia – La Fédé militante des Centres de Planning familial solidaires a donc lancé le 8 septembre 2025 une campagne d’information, de communication et de sensibilisation intitulée « Parlons transidentités*. Stop aux idées reçues » [5]. Ce projet se penche sur les discriminations et violences vécues par les personnes trans* tout au long de leur vie, et plus particulièrement dans le domaine de la vie relationnelle, affective et sexuelle. Dans le cadre de cette campagne, Sofélia a listé une série de recommandations adressées aux politiques. Notons que ces recommandations s’inscrivent dans un contexte politique développant une attention particulière aux publics LGBTQIA+. Découvrez toutes nos recommandations.

Améliorer l’accès aux soins trans-spécifiques

  • Le Réseau Psycho-médico-social Trans* et Inter* belge, créé par l’association Genres Pluriels, est un acteur clef dans la prise en charge des personnes trans*. Il comprend de nombreuses·eux professionnel·le·s de la santé (hôpitaux, médecins et spécialistes, Centres de Planning familial, maisons médicales, etc.) formé·e·s aux transidentités. Ce réseau apporte une réelle plus-value en matière d’accompagnement des personnes trans*. Sofélia revendique que ce réseau soit officiellement reconnu à sa juste valeur, notamment par une reconnaissance financière, afin que les personnes trans* puissent choisir l’accompagnement qui leur convient le mieux.
  • Les jeunes trans* ont plus de risques de difficultés en ce qui concerne leur santé mentale, ainsi que d’être ciblé·e·s par des discriminations et violences (50% cachent leur identité de genre à l’école). Dans ce cadre, le moment de la puberté est crucial. Les bloqueurs de puberté [6], permettent de mettre sur pause ou ralentir cette période afin de laisser la·le jeune le temps de choisir sa thérapie ou prendre son temps dans sa décision. Nous revendiquons un meilleur accès à ces bloqueurs de puberté ainsi que la fin des campagnes de désinformation scientifique autour de ceux-ci. Améliorer l’accès aux bloqueurs de puberté passe notamment par la création de davantage de centres conventionnés ainsi que des procédures moins longues et lourdes pour y avoir accès.
  • Les transidentités ont été considérées comme des troubles psychiatriques pendant très longtemps et n’ont été dépsychiatrisées par la loi en Belgique qu’en 2017 [7]. Cette dépsychiatrisation ne concerne cependant que l’accès aux modifications des informations sur la carte d’identité (prénom(s), et marqueur de sexe F ou M) [8]. Or, la psychiatrisation des transidentités est encore très présente pour avoir accès à certains soins ou certains remboursements. Pour cela, nous revendiquons une dépsychiatrisation totale et effective des parcours de soins trans*, afin que les personnes trans* ne doivent plus remplir certaines conditions pour obtenir des soins et/ou des remboursements de ceux-ci. Il est aussi essentiel de permettre un meilleur remboursement de certaines chirurgies (ex: torsoplastie et augmentation mammaire) notamment en les sortant du domaine de l’esthétique.
  • Les services de PMA ainsi que les professionnelle·s qui y exercent doivent être davantage sensibilisé·e·s aux parcours et aux soins sexospécifiques des personnes trans*. En parallèle, les personnes trans* et leurs réalités doivent être inclues dans les parcours PMA. Par exemple, certains services de PMA refusent de proposer aux personnes trans* des parcours PMA et, par conséquent de pratiquer la cryopréservation de la fertilité (congélation de gamètes comme les ovocytes ou le sperme) avant ou pendant la transition.

Proposer une formation adaptée aux actrices·teurs psycho-médico-sociales·aux

  • Etant donné que les personnes trans* font régulièrement face à la stigmatisation, au rejet et qu’elles sont davantage victimes de discriminations, elles ont des besoins plus importants en matière de santé mentale que la population générale. Les professionnel·le·s formé·e·s aux besoins spécifiques des personnes trans* en matière de santé mentale sont trop peu nombreuses·eux. Dès lors, nous revendiquons la mise en place de formations spécifiques au sein des cursus de base ainsi que des formations continues des professionnel·le·s de la santé mentale de première ligne aux besoins spécifiques des personnes trans*.

Améliorer l’information, la sensibilisation et la prévention pour lutter contre la transphobie ambiante

  • Développer des campagnes de prévention et d’information à destination du grand public autour des droits des personnes trans* pour lutter contre la transphobie ambiante présente dans notre société.
  • Développer des campagnes d’information et de sensibilisation à destination du grand public mettant en évidence d’autres aspects des transidentités comme la fierté, l’authenticité, la solidarité dans la communauté trans*, l’épanouissement et la confiance en soi. Les personnes trans* contribuent à une société plus inclusive et ouverte d’esprit, remettant constamment en question les normes et les stéréotypes de genre.
  • Développer des campagnes d’information et de sensibilisation afin de visibiliser davantage les services formés pour accompagner les personnes trans* en cas de violences ou de discriminations ou en cas de demande d’accompagnement psychomédico-social. Comme par exemple l’IEFH (Institut pour l’égalité des femmes et des hommes) permettant de faire un signalement si on est victime et.ou témoin de discriminations ou encore certains Centres de Planning familial qui accompagnent les personnes trans* d’un point de vue psycho-médico et social.
  • Améliorer la modération des contenus haineux envers les personnes trans* sur les réseaux sociaux. Par exemple, depuis janvier 2025, le groupe Meta (Facebook, Instagram, WhatsApp) permet de qualifier les personnes LGBTQIA+ de « malades mentales ». Ainsi, qualifier de « bizarre » ou de « malade mentale » une personne en raison de son orientation sexuelle ou de son identité de genre est donc toléré par l’équipe de modération de Meta comme nous pouvons le lire dans les normes communautaires du groupe.
  • En ce qui concerne les soins d’affirmation de genre et les thérapies hormonales pour les mineur·e·s, nous revendiquons la mise en place de campagnes d’information ciblées vers les parents qui sont indispensables pour accéder à ces soins. De plus, ajoutons que le soutien familial reste incontournable afin de réduire les risques psychosociaux.
  • Les jeunes trans* étant plus à risque de développer une mauvaise santé mentale (troubles anxieux, dépressions, discriminations et violences, risque de tentative de suicide plus élevé que la moyenne, etc.) [9], il est primordial de proposer une sensibilisation dès le plus jeune âge aux questions d’identité de genre dans l’espace scolaire, par le biais de l’EVRAS (Education à la Vie Relationnelle Affectueuse et Sexuelle). Il est important de préciser que c’est bien la transphobie qui engendre ces risques et non le fait d’être une personne trans*. L’EVRAS permet d’offrir un cadre sécurisant et d’ouvrir un espace de parole privilégié sur des sujets permettant de prévenir et protéger les jeunes d’éventuelles violences.

[1] « Qualifie une personne dont l’identité de genre et/ou l’expression de genre diffère de celle habituellement associée au genre qui lui a été assigné à la naissance. Il s’agit d’un terme coupole, incluant une pluralité d’identités de genre, en fonction de l’auto-définition de chaque personne. ». Nous utilisons le mot « trans* » avec l’astérisque pour visibiliser cette pluralité de vécus. Voir DUFRASNE Aurore et al., Transgenres/Identités pluriel.le.s, Bruxelles, 2024.

[2] HUMAN RIGHTS FONDATION, « Dismantling a Culture of Violence », Human Rights Campaign Fondationhttps://reports.hrc.org/dismantling-a-culture-of-violence.

[3] Carte blanche : Quand la transphobie s’invite le 8 mars et s’érige en victime médiatique, Fédération Prisme, 24 mars 2025.

[4] Ibid.

[5] Pour plus d’informations sur la campagne de Sofélia « Parlons transidentités*. Stop aux idées reçues », rendez-vous sur son site internet : Dossier de presse : « Parlons transidentités* : Stop aux idées reçues » – Sofelia.

[6] « Les bloqueurs de puberté sont des médicaments utilisés pour suspendre temporairement la puberté chez les jeunes vivant une dysphorie de genre. Ces traitements bloquent la production d’hormones sexuelles, retardant ainsi le développement des caractéristiques sexuées secondaires, telles que la pilosité ou la mue de la voix, et mettant la puberté « en pause ». Ils sont fréquemment confondus avec les hormones d’affirmation du genre dont certains effets sont irréversibles sur les caractéristiques sexuées secondaires et ne sont généralement pas prescrites aux mineur·es de moins de seize ans préalablement sous traitement bloqueur de puberté ». Voir PRISME, dossier de recommandations, p. 6.

[7] RAINBOW HOUSE, « Exigeons l’égalité : les soins de santé pour les personnes transgenres sont un droit, pas un luxe », 11/04/2024, https://tinyurl.com/kh7v54ne (consulté le 10/11/2025).

[8] MASENGESHO Cathy, Remboursements des soins de santé liés à la transition de genre, Étude quantitative UCLouvain, 2024-2025, https://tinyurl.com/4adw7zh8 (consulté le 10/11/2025).

[9] MOTMANS Joz et al., « Être une personne transgenre en Belgique. Dix ans plus tard », Institut pour l’Égalité des Femmes et des Hommes, 2018, https://tinyurl.com/mw2xrptf (consulté le 10/11/2025).