Les réseaux sociaux entretiennent une relation d’amour-haine avec les corps des femmes et des minorités de genre. Tantôt utilisés à outrance et hypersexualisés dans les publicités, tantôt censurés sur Instagram, ces corps sont ainsi à la fois objets de désir et de controverse. Focus sur cette relation hypocrite.

Des corps valorisés, mais censurés

L’algorithme d’Instagram visibilise davantage les contenus montrant des corps dénudés. En effet, une photo de femme en sous-vêtements ou maillot de bain apparaît 1,6 x plus dans les fils d’actualité qu’une photo d’elle habillée[2]. Les femmes les plus influentes sur les réseaux sociaux ont de nombreux points communs : grandes, jeunes, ventre plat, poitrine importante[3]. Un corps dénudé rentrant dans les normes de beauté sera donc davantage visibilisé par la plateforme.

À l’inverse, certaines parties du corps peuvent mener à des censures immédiates. Par exemple, si les algorithmes jugent qu’un contenu présente un téton appartenant à une femme, il sera immédiatement supprimé de la plateforme. Pire encore, des contenus à visée préventive se sont déjà vus rapidement effacés, ça a été le cas notamment de plusieurs campagnes de prévention contre le cancer du sein[4].

Un fonctionnement subjectif des réseaux sociaux

Pourtant, Facebook prétend avoir adapté ses règles sur la nudité. La poitrine féminine reste censurée, sauf en cas de défense de l’allaitement, de cicatrice de mastectomie ou des poitrines représentées dans un cadre artistique (peinture, sculpture)[5]. Instagram et Snapchat fonctionnent de la même façon[6], [7]. TikTok, de son côté, interdit tout contenu affichant des tétons jugés féminins, sans concessions[8].

Pour pouvoir exister sur certains réseaux sociaux, les seins doivent être justifiés par de l’art, ce qui reste subjectif et difficilement jugeable. Ils sont également accepté lors d’une situation d’allaitement ou doivent être remplacés par des cicatrices. Mais qu’en est-il de tous les autres cas de figure ? Qu’en est-il des personnes souhaitant simplement pouvoir montrer leur poitrine telles qu’elles sont sur les réseaux sociaux ? Chacun·e devrait être libre de disposer de son corps comme elle·il le souhaite et cela doit également s’appliquer aux réseaux sociaux. Ces publications peuvent servir comme un outil d’émancipation et de réappropriation de son corps.

Des utilisatrices·teurs ont trouvé des moyens de contourner la censure : en pixelisant les tétons, en collant des tétons « masculins »[9], etc. Mais nous vivons dans une société qui sexualise et érotise les seins tout en empêchant ceux-ci d’être montrés car soumis aux regards des hommes. Les femmes sont dépossédées du droit de montrer ou non leur poitrine, de sexualiser ou non celle-ci. Et les réseaux sociaux, finalement, bien souvent créés par des hommes, ne sont qu’un reflet de cette société.


Ce texte est un résumé d’un article rédigé par Margot Foubert, chargée de missions Sofélia, « Seins et réseaux sociaux : une relation hypocrite », paru dans le magazine Femmes Plurielles de mars 2023 : https://www.soralia.be/accueil/publications/blogmag-fp/

[1] Voir les nombreux exemples de Pépite Sexiste : https://bit.ly/3JNEVX3.

[2] ARENDT Olivier, « Une enquête dévoile l’existence d’une prime à la nudité sur le réseau social Instagram », RTBF, 17 juin 2020, https://bit.ly/3HjfjzJ.

[3] ARENAS Caroline, « Voici le physique qu’il faut avoir pour faire partie du top 100 sur Instagram », Madmoizelle, 23 septembre 2019, https://bit.ly/3D1vqPU.

[4] GRABLY Raphaël, « Facebook censure une campagne contre le cancer du sein pour “nudité” », BFMTV, 06 mai 2019, https://bit.ly/3HiY95j.

[5] Voir les Standards de la communauté Facebook : https://transparency.fb.com/fr-fr/policies/community-standards/adult-nudity-sexual-activity/

[6] Voir les Règles de la communauté Instagram : https://www.facebook.com/help/instagram/477434105621119.

[7] Voir les Règles communautaires de Snapchat : https://values.snap.com/fr-FR/privacy/transparency/community-guidelines.

[8] Voir les Règles communautaires de TikTok : https://www.tiktok.com/community-guidelines/fr-fr/sensitive-mature-themes/.

[9] ZECCHINON Pauline, « Réseaux sociaux : face à la censure de la nudité, l’art contre-attaque », Moustique, 28 octobre 2021, https://bit.ly/3XMN41V.

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